Aller au contenu
Pleins et DéliésLe magazine de l’écriture manuscrite

Matériel

Les polices d’écriture manuscrite, et celles qu’utilise l’école

Une police cursive pour la classe : ce qui en fait une police scolaire, et ce qui en fait une police décorative.

Une feuille couverte d’un alphabet cursive écrit à la main à l’encre, posée devant un clavier d’ordinateur, l’écran flou en arrière plan, une règle graduée le long du bord droit de la feuille.

Qui prépare un modèle de lettres tape « police d’écriture manuscrite » dans un moteur, et tombe d’abord sur des catalogues de caractères décoratifs : écritures fantaisistes, lettres qui imitent la main, styles qui font « écolier ». Or un modèle imprimé ne décore pas une classe, il montre une forme que des mains vont recopier. Le choix se joue donc sur la fidélité de la forme, pas sur le charme du caractère. Cette page dit ce qu’une police doit respecter pour servir l’apprentissage, ce qui la disqualifie, et comment la régler dans un document avant d’imprimer. La forme en question, celle que l’école enseigne, a sa page : celle qui traite de l’écriture cursive.

Une police n’est pas une écriture

Les deux mots se confondent et ne désignent pas la même chose. L’écriture est un geste : une suite de mouvements appris, qui produit une trace. Une police est une réserve de formes dessinées : des lettres fixes, identiques d’une impression à l’autre, qui s’affichent à l’écran et sortent de l’imprimante sans main. Le modèle imprimé se tient entre les deux : il montre, sous forme fixe, la trace attendue d’un geste. C’est pourquoi sa forme compte autant : l’enfant qui recopie un affichage recopie la police qui l’a composé, avec ses fidélités et ses fantaisies.

Premier repère, et il tranche bien des débats : aucun texte officiel n’impose de police. Les programmes de l’école prescrivent une écriture, la cursive, inscrite dans les attendus de fin de cycle 2 par le texte publié au Bulletin officiel n°25 du 19/06/2019, et ils prescrivent un enseignement explicite du geste. Ils ne prescrivent aucun caractère. Les modèles cursifs qui circulent dans les manuels et les affichages de classe partagent des constantes, et les différences se logent dans le détail de quelques lettres. Les mots de cette page, cursive, script, écriture attachée, ont chacun leur fiche dans le répertoire de l’écrit.

Ce qu’une police scolaire doit respecter

Les modèles cursifs scolaires français se reconnaissent à un petit nombre de constantes. Les lettres minuscules s’attachent dans le mot : le tracé ne se lève pas au milieu. Le corps des lettres tient une hauteur stable, et les hastes et jambages la dépassent de façon régulière. Les boucles existent pour préparer la liaison, pas pour orner. Le sens de rotation correspond à celui que la main apprend, de gauche à droite, sans contresens. Les variantes entre modèles se concentrent ailleurs : la forme de quelques lettres, surtout le t et le x, et le dessin des majuscules, qui varie davantage que celui des minuscules.

Choisir une police selon l’usage qu’on en fait
Usage viséCe que la police doit respecterCe qui disqualifie une police
Affichage mural de classeLes constantes de la cursive enseignée : lettres attachées, hauteur stable, liaisons lisibles de loinUn caractère scripte ou décoratif, qui montre une autre écriture que celle du cahier
Modèle de fiche à recopierLa même forme de lettre que l’affichage et le manuel de la classe, à une taille qui reste lisibleUn style différent à chaque fiche, qui installe plusieurs références dans la même tête
Document à destination des famillesLa cohérence avec le modèle travaillé en classe, pour éviter d’écrire entre deux systèmesUne écriture « manuscrite » imaginaire, dont les formes se désapprennent ensuite
Titre, bandeau, couvertureRien d’apprentissage : un titre se lit, il ne se recopie pasUn caractère fantaisiste placé là où un modèle est attendu

Cursive, script, liaisons : ce qui change à l’usage

L’erreur la plus fréquente se joue là : afficher du script là où l’on demande de la cursive. Le script, ces lettres séparées des livres et des affiches, sert la lecture ; la cursive sert la trace. Un affichage en script remplit son office dans le coin lecture, et en prend un autre dès qu’il sert de modèle : l’enfant doit alors traduire d’un système à l’autre, lettre par lettre, en plus d’apprendre le geste. Les polices dites manuscrites posent le même problème à un autre étage : elles imitent l’irrégularité d’une main, avec des lettres penchées, inégales, volontairement tremblées. Sur une invitation ou une couverture, l’effet est charmant ; sur un modèle d’écriture, il enseigne l’irrégularité.

Installer et utiliser une police dans un document

Le logiciel de traitement de texte ne connaît ni réglure ni hauteur de lettre : il aligne des caractères sur une ligne uniforme, et il faut le forcer un peu. D’abord l’interligne : à taille égale, une police cursive déborde souvent de sa ligne, les hastes d’un mot touchant les jambages de celui du dessus ; on augmente l’espacement des lignes jusqu’à ce que chacune respire. Ensuite la taille : elle se règle sur la main destinataire, pas sur le confort de l’écran, et cette taille suit la progression de l’apprentissage, que la page des les étapes de l’écriture détaille niveau par niveau. Enfin le support : un modèle gagne à être posé sur des lignes, et la page sur choisir sa réglure prend le relais pour ce choix. Un essai imprimé tranche tout : ce qui passe pour élégant à l’écran se révèle trop fin, trop serré ou illisible au sortir de l’imprimante.

Erreurs fréquentes quand on fabrique un modèle

La première confond décoration et modèle : un caractère charmant installé pour « faire écolier », et une forme de lettre apprise qu’il faudra désapprendre. La deuxième empile les références : un affichage dans un style, un cahier dans un autre, une fiche trouvée dans un troisième. La troisième oublie la taille : un modèle calibré pour un adulte paraît minuscule à une main qui apprend, et la précision demandée dépasse celle dont elle dispose. La quatrième croit que la police enseigne : le modèle informe l’œil, le geste s’apprend en faisant, avec une démonstration et un accompagnement, et c’est ce que décrivent les exercices d’un atelier. La dernière cherche la police « idéale » pour les enfants dont l’écriture coûte : aucune source vérifiée n’en désigne une, et cette page s’abstient donc, comme elle s’abstient de nommer des polices du commerce, dont chacune se juge sur la page imprimée et non dans un catalogue.

Une police se juge à côté de ce que la classe écrit déjà : le modèle qui compte reste celui que montre l’enseignant, et aucun caractère installé sur un ordinateur ne remplace la démonstration du geste.