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Pleins et DéliésLe magazine de l’écriture manuscrite

Métiers

Constater, orienter, accompagner : le rôle d’un rééducateur de l’écriture

Constater, orienter, accompagner : le déroulé d’un accompagnement en rééducation de l’écriture, et les questions à poser avant.

Deux chaises de hauteurs différentes face à une petite table de travail, un cahier à grosses lignes ouvert et deux crayons posés dessus, une fenêtre à gauche qui éclaire la table, la pièce claire et vide de tout objet personnel.

Un titre libre a une conséquence paradoxale : il oblige à décrire le rôle au lieu de se reposer sur le diplôme. Cette page prend le travail dans le sens du lecteur. Que fait un rééducateur de l’écriture, le plus souvent appelé graphothérapeute, quand une famille franchit la porte ? Trois verbes tiennent la réponse : constater, orienter, accompagner. Le premier donne sa base à tout le reste, le deuxième est le plus négligé et le plus précieux, le troisième seul se voit. Ce que le mot désigne, son histoire et ses limites de vocabulaire se lisent dans la page qui définit ce que le mot recouvre ; celle-ci décrit le déroulé, et les questions à poser avant de s’engager.

Observer avant de corriger

Tout commence par une observation, et elle ressemble davantage à un examen de cahiers qu’à un cours d’écriture. Les pages écrites se regardent d’abord : la forme des lettres, leur dimension, leur inclinaison, la tenue de ligne, la vitesse, la fatigue qui s’installe en fin de copie. La posture et la tenue de l’outil se regardent ensuite sur le vif, parce qu’un geste crispé se lit dans le trait avant de se voir dans la main. Cette étape conditionne tout le reste : un accompagnement qui commence par corriger sans avoir décrit risque de travailler le mauvais problème. Elle rejoint par ses objets ce qu’un bilan observe de façon étalonnée, avec une différence de statut qui compte : l’observation d’entrée sert à construire un projet, elle ne conclut rien à l’existence d’un trouble, et ce n’est pas à elle d’en conclure.

Orienter quand ce n’est pas le geste

Le deuxième verbe est le moins spectaculaire et le plus utile. Une écriture difficile n’a pas toujours son origine dans le geste : l’orthographe peut être en cause, le langage écrit, l’attention, la douleur d’une main, ou simplement un enseignement qui n’a pas encore eu le temps de faire son travail. Dans ces situations, la bonne réponse tient en un renvoi, et le rôle consiste à le formuler sans retenir la famille : vers le médecin qui suit l’enfant quand la question dépasse le geste, vers l’école quand la gêne reste scolaire, vers une évaluation spécialisée quand le parcours l’appelle. La recommandation de la Haute Autorité de santé sur les troubles spécifiques du langage et des apprentissages, publiée en décembre 2017, donne à cet ordre sa forme : repérage, intervention de premier recours, recours spécialisé. Un accompagnement du geste s’inscrit au bout de ce parcours, pas à son début, et savoir le dire fait partie du rôle. La page qui aide à savoir qui consulter en premier suit exactement la même logique.

Le déroulé d’un accompagnement

Le déroulé type se décrit en quatre temps, sans que la durée ni le nombre de séances ne se préjugent : ils dépendent de l’évaluation, de l’âge, et de ce que l’école met en place par ailleurs. Ce niveau de description reste celui des ouvrages de référence ; le contenu précis de chaque séance appartient au projet construit avec la famille, et il se demande avant de commencer plutôt qu’il ne se devine.

Les quatre temps d’un accompagnement, et ce que chacun produit
ÉtapeCe qui s’y passeCe qui en sort
Premier entretien et observationLe récit de la difficulté, des cahiers de dates différentes, l’écriture regardée sur le vif : posture, tenue de l’outil, forme, vitesseUne description partagée de ce qui coûte, et le repérage de ce qui ne relève pas du geste
Projet écritDes objectifs limités, formulés dans les mots du cahier, avec les attentes de l’école et de la familleUn accord sur ce qui se travaille, et sur ce qui fera dire que c’est suffisant
Séances régulièresUn travail du geste graphique, posture, tenue, forme, vitesse, lisibilité, réinvesti dans des copies réellesUne écriture moins coûteuse à produire, à mesurer sur les cahiers et non sur la séance
Point d’étape et arrêtUne relecture des cahiers, un dialogue avec l’école, une décision sur la suiteUne fin explicite, un suivi scolaire, ou un renvoi vers une évaluation quand le geste n’explique pas tout

Ce qu’un rééducateur ne fait pas

Il ne pose aucun diagnostic : le diagnostic appartient au médecin et aux professionnels de santé habilités, et un accompagnement qui commence par poser des étiquettes a inversé le parcours. Il ne prescrit rien et n’exerce aucun acte médical. Il ne remplace ni l’école, qui garde la main sur les situations d’enseignement, ni les professions de santé qui interviennent sur le geste dans leur champ propre : l’ergothérapeute et le psychomotricien exercent sous diplôme d’État, au niveau bac plus trois, et l’orthophoniste sous certificat de capacité, au niveau bac plus cinq, selon les fiches publiques de l’Onisep. Il ne promet rien, enfin : au jour où cette page est écrite, aucune certification de ce titre n’apparaît au registre national des certifications, et ce dossier n’a pas collecté d’étude d’efficacité vérifiée. Ce constat d’absence ne dit rien d’un praticien particulier : il dit que la valeur d’un accompagnement se demande avant de commencer, et se vérifie dans les faits. Le cadre de chaque profession, réglementée ou pas, se compare dans les métiers de l’écriture.

Les questions à poser avant de commencer

Aucune de ces questions ne traduit une méfiance particulière : elles mettent en pratique tout ce qui précède, et un accompagnement sérieux les attend.

  • Ce qui se passe pendant une séance, et comment le geste se travaille concrètement.
  • Sur quels critères le projet s’appuie, et à quoi l’on reconnaîtra qu’il est atteint.
  • Quel lien est prévu avec l’école, et avec le médecin qui suit l’enfant.
  • Ce que coûte un accompagnement, selon quel cadre, et comment il s’arrête.
  • Ce qui doit conduire à s’arrêter, ou à demander une autre évaluation.

Ce qui se travaille en séance croise les exercices d’un atelier décrits ailleurs dans ce magazine : familles de tracés, détente de la main, réinvestissement dans des copies réelles. La différence est dans le cadre, pas dans les gestes : l’un accompagne une situation particulière après une observation, l’autre décrit des exercices connus, sans projet individuel. Trois verbes, donc, et un ordre. Constater d’abord, avec des cahiers et des descriptions datées plutôt qu’avec des impressions. Orienter ensuite, quand la difficulté dépasse le geste, vers le médecin, vers l’école, vers l’évaluation spécialisée. Accompagner enfin, par un projet écrit, des séances qui travaillent le geste, et un point d’étape qui sait se conclure. Un lecteur qui garde cet ordre en tête ne perd pas de temps : il sait ce qu’il peut attendre d’un accompagnement, ce qu’il doit demander avant de commencer, et ce qui, dans sa situation, relève d’ailleurs.

Cette page décrit un rôle, elle ne recommande personne : aucun annuaire, aucun tarif, aucune promesse de résultat. Les questions d’une situation particulière se posent au médecin, à l’école, et aux organismes publics que ce magazine recense.